23 juillet 2026

60e Festival Off Avignon : que voir en cette année 2026 (1ère partie)

Déjà 60 ans que le Festival Off créé par Jean Vilar popularise le théâtre et propose une offre toujours plus large : cette année, pas moins de 1900 spectacles sont à l'affiche. C'est pléthorique. Alors que voir parmi toutes ces créations ? Je vous en dis plus sur celles que j'ai eu la chance de découvrir. Et ne vous y trompez pas : j'étais accompagnée par la plus implaccable des juges, ma fille Loélie, 16 ans et la critique acérée.

Astuces en cuisine

« Astuces en cuisine » est une chaîne YouTube, tenue par un chef exigeant et son commis Guacamole. Malheureusement, ce dernier n’est pas seulement gourmand, il est aussi particulièrement maladroit. Des catastrophes qu’il fait s’enchaîner vont surgir de magnifiques instants de poésie et d’éclats de rire.


« Astuces en cuisine » remet au goût du jour le duo classique du clown blanc et de l’Auguste, à l’ère des influenceurs. C’est très drôle, très touchant. Ce duo conflictuel a pour point commun d’avoir conservé son âme d’enfant. Entre Tour Eiffel, concombre, tennis et sachets de thé, nos deux compères réenchantent la cuisine et séduisent les petits comme les grands tous les jours à l’Espace Alya.




Un spectacle propulsé par @lhotted, la plus pétulante des attachées de presse.

Cube

"Cube" est un spectacle de jonglerie d'une grand virtuosité, certes. Mais il est loin de n'être que cela. Il joue du minimalisme du décor pour créer une véritable poésie d'invocation. Et surtout, il fait usage de la lumière sous toutes ses formes pour créer des chorégraphies où les corps et les objets s'accordent soudain dans une danse au tempo endiablé. Les objets lumineux ne sont plus inertes : ils semblent doués de vie et d'une volonté propres et pleines de grâce et de magie.



Ce spectacle enthousiasmant m'a séduite et a complètement emballé Loélie. Bien au-delà du simple exercice de jonglerie, ce spectacle est un son et lumière plein d'humour et de fantaisie.Un spectacle de la compagnie @supernova_supercho propulsé par @lhotted à retrouver à l'espace Alya.

Les Fables de La Fontaine : le concert dessiné

Les Fables de La Fontaine, tout le monde connaît. Le problème, c’est que bien souvent, on ne les connaît que par bribes, ou seulement de nom. Car ce sont des textes exigeants, écrits dans un français classique devenu bien souvent hermétique pour le grand public. Donner envie de redécouvrir ce que chacun croit connaître, et qui plus est le rendre accessible à tous les publics (à partir de 6 ans), c’est la gageure à laquelle s’est confronté le Philharmonique de la Roquette, compagnie de musiciens spécialisée dans la composition de musiques originales pour l’accompagnement d’autres formes artistiques.



Le texte des fables prend vie par la magie conjuguée d’un conteur-slameur, d’un dessinateur et de deux musiciens. Le ton est d’une justesse impeccable et chaque personnage trouve sa voix et sa vie propres. Les illustrations s’animent sous nos yeux dans les improvisations dessinées, en parfaite harmonie et synchronisation avec la partition et les bruitages des musiciens.



Les Fables de La Fontaine retrouvent ainsi leur pleine dimension : Le Loup et l’Agneau en sont un témoignage. Cette fable si juste est ordinairement édulcorée si bien qu’elle est rarement comprise. Ici, elle retrouve sa pleine portée.



Merci au @philharmoniquedelaroquette et à @boulegue_production de rendre leur force et leur poésie aux splendides textes de La Fontaine. Ce spectacle mérite un large succès.



Propulsé par l’adorable attachée de presse Dominique Lhotte.

Bouba

Évidemment, tous les fans de Plus Belle la Vie connaissent Aboubacar Kabo. Mais sans doute que même ceux-là ne connaissent pas bien l’homme derrière le personnage de Mouss. C’est pourtant sa personnalité rayonnante qui donne un tel sourire à Loélie et qu’il nous donne à découvrir dans son one man show, Neuf Moi(s).



Il nous raconte comment il s’est construit au carrefour des cultures : de deux parents sénégalais, mais d’une mère catholique et d’un père musulman ; des traditions familiales et de la cité parisienne où sa mère a trouvé un logement. Ces cultures qui lui donnent d’abord l’impression de ne pas savoir qui il doit être avant de comprendre qu’il est déjà pétri d’infinies richesses. Des richesses à partager et transmettre à sa fille, née de son union avec une femme d’origine… portugaise, pour continuer à tisser les cultures.

Cette histoire est belle. Il la raconte en plus de manière très drôle. On ne se lasse pas de le voir imiter son père, sa mère, son meilleur ami. Et surtout, on ne se lasse pas de son autodérision qui pose un grand éclat de rire sur chaque difficulté de la vie.




C’est un one man show à l’écriture et à la mise en scène ciselées, hilarantes sans jamais tomber dans les facilités de la caricature grossière ou de la vulgarité, pour construire un spectacle aussi pertinent que chaleureux.

Le public ne s’y trompe pas. Le lien entre l’artiste et lui se crée immédiatement, les échanges joyeux fusent entre la scène et la salle. Bouba devient en un soir un copain, un voisin, le garçon que tout le monde aime bien.

Si ce spectacle fait partie des 10 coups de cœur du festival pour le journal La Provence, ce n’est pas pour rien. Courez le voir : vous ferez partie des premiers à avoir découvert une future star de la scène en la personne de Bouba.

Un spectacle produit par @boulegue_production et propulsé par @lhotted, la plus étonnante des attachées de presse.

Fisha

Attention : gros coup de coeur à saisir rapidement pour cause de représentations limitées.

"Fisha" est un titre énigmatique pour une "non-jeune" comme moi ; cette expression est devenue tristement célèbre dans les établissements scolaires : elle désigne la diffusion non consentie d'images ou d'informations intimes dans le but "d'afficher" une personne, de la livrer à l'humiliation publique. C'est le sujet de cette pièce : une vidéo est apparue sur le réseau du lycée Triolet. Ce que l'on devine être une s*xtape fait désormais d'Alia la cible de toutes les conversations. Il va falloir qu'une fois de plus, car ce n'est pas la première fois que cela lui arrive, elle traverse cette épreuve. Mais cette année-là, elle ne sera pas seule pour affronter la rumeur.



Le dispositif est malin, et sauve cette pièce au sujet essentiel d'un traitement possiblement mièvre : on ne saura jamais si cette vidéo est un fake ou non. L'important n'est pas là ; dans tous les cas, le procédé du fisha est ignoble, les opinions qui le suivent ne le sont pas moins.



Les différents espaces du collège Vernet accueillent cette pièce immersive (c'est bien Loélie que vous voyez au milieu des acteurs) et nous obligent, passée la première scène, à choisir quel protagoniste suivre. On n'aura jamais tous les points de vue. Là encore, on évite le style enquête : l'important est l'impact sur chaque personnage, et il est largement destructeur, au-delà de la victime.


Les jeunes comédiens sont d'une justesse absolue : j'ai cru retrouver mes élèves, mes étudiants. La pièce bouscule, elle nous implique. Elle est à voir.

Un spectacle @emersionproduction propulsé par @lhotted


Tristan et Iseut

Adapter Tristan et Iseut à la scène, sauf à s'appeler Richard Wagner, c'est une véritable gageure, tant la légende est foisonnante en épisodes et en personnages, foisonnante en ses passions. C'est pourtant le gant que relève la jeune Compagnie du vent contraire et vous vous doutez que la médiéviste tristanienne que je suis y a prêté toute son attention.




L'autrice et metteuse en scène, Maëlys Simbozel, parvient à recomposer l'essentiel de la narration, tout en trouver les astuces nécessaires pour transcrire à travers une dramaturgie minimaliste les grandes scènes spectaculaires de la traversée maritime, d'Iseut au bûcher, de l'élimination des losengiers, les abominables jaloux qui veulent éliminer les amants trop flamboyants pour n'être pas dangereux pour leur médiocrité, mais aussi pour l'ordre féodal. La pièce n'esquive pas les ambigüités des personnages.

Elle choisit de moderniser la langue et le ton, ce qui peut parfois surprendre, et de laïciser l'intrigue : ainsi, l'ermite Ogrin est remplacé par la païenne fée Morgane.

Enfin, retrouvant les origines lyriques de la légende tristanienne, cette pièce offre de beaux passages chantés, mais aussi des pas de deux qui cherchent à transmettre la sensualité toute charnelle de cette "belle histoire d'amour et de mort" pour paraphraser Béroul.

A découvrir au théâtre de La Nouvelle Etincelle.

Un spectacle propulsé par la formidable Dominique Lhotte.

Plus jamais Mozart

L'an dernier, je n'avais pas réussi à voir "Plus jamais Mozart", l'adaptation du roman de Michel Morpurgo par la compagnie salonnaise (des voisins !) du Théâtre des 3 hangars : j'avais raté la représentation car le théâtre de la Fabrik est très excentré, et le succès de la pièce faisait que toutes les réservations étaient complètes.

A présent que j'ai pu voir cette pièce, je comprends les raisons de son succès ; vous pouvez d'ailleurs voir sur la photo un public enthousiaste. Elle traite avec subtilité et pudeur un thème difficile.




Tout y repose sur une série de secrets, surplombée par le secret ultime : pourquoi ne faut-il pas poser au célèbre violoniste Paolo Lévi la fameuse "question Mozart" ? Nous aurions pu ne jamais le savoir sans la présence d'une journaliste aussi spontanée qu'étourdie venue l'interviewer. Destabilisé par sa fraîcheur, Paolo Lévi lui raconte son enfance et sa rencontre avec le violon grâce à un musicien des rues.

On va de révélation en révélation, jusqu'au coeur du secret familial et de sa scène originelle. "Plus jamais Mozart", est-ce pour toujours ?


Le jeu des comédiens est impeccable et nous fait passer du rire aux larmes tout au long de cette pièce profondément humaniste où l'horreur concentrationnaire sera défaite par la beauté qui porte son témoignage.

Je ne vous en dirai pas plus, car cette pièce doit se voir, et à double titre puisqu'il faut y assister et qu'on y retrouve le dessinateur Olivier Durand, dont je vous vantais le travail dans Les Fables de la Fontaine. Il faut l'entendre, aussi, car c'est un superbe hommage à la musique en tant que lieu de mémoire.

Pensez à vite réserver pour espérer avoir une place pour ce spectacle produit par @boulegue_production et propulsé par Dominique Lhotte.


Toute la mer du monde

Vous adorez les Jean-Michel de Kad Merad ? Vous avez la nostalgie de l'Eric Cantona des Guignols de l'info lorsqu'il n'en finissait pas de déclamer ses tirades obscurément philosophiques ? Alors le spectacle "Toute la mer du monde" est fait pour vous !




Vous allez y découvrir le rockeur Alexis Delmastro venu vous faire découvrir les 29 chansons de son dernier album. Arrivera-t-il à en chanter ne serait-ce qu'une seule ? La question se pose dès son entrée en scène tant il a la poisse. Ce père célibataire et chanteur maladroit a conquis Loélie qui a ri de bon coeur durant toute la pièce, et qui est repartie avec l'affiche. Quant à moi, c'est Sabine, la régisseuse, qui a mes faveurs : impassible, elle assiste au naufrage du spectacle avec un calme souverain qui confine à l'ataraxie.




Pour applaudir ce spectacle, rendez-vous tous les jours à L'Albatros à 20h30. Un spectacle propulsé par la géniale @lhotted



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